Anticiper les comportements humains est un des ressorts de la société digitale, puisqu’il permet de satisfaire au mieux les attentes des consommateurs, mais aussi des salariés auxquels s’intéresse plus particulièrement DisruptifRH. Au carrefour des analyses statistiques, du digital, de l’IA et du deep learning on trouve des théories issues du champ de la psychologie, en particulier l’analyse transactionnelle. Cette théorie analyse la prédictibilité des actions humaines et les dynamiques de groupe et propose des clés pour résoudre des situation de conflits, harcèlement, burn out … A l’inverse, en négatif il expose également que l’action humaine peut-être orientée si l’on y prend pas garde.

L’ouvrage fondateur de cette théorie a été publié en 1964 par le psychiatre français Eric Berne dans son ouvrage des jeux et des hommes. Il définit des concepts explicatifs applicables en entreprise et permettant d’analyser des situations humaines problématiques et de les résoudre : problèmes d’équipes, difficultés managériales, harcèlement … Cette théorie globale des interactions humaines repose sur le rapport aux autres d’une part et la gestion du temps de l’autre.

 On existe par les autres

Selon la théorie des rapports sociaux, l’être humain se caractérise par un fort appétit pour les stimulus sociaux et la pire des situations, voire le pire des châtiments, n’est ni l’incarcération, ni la torture physique, mais bien la privation émotive. Un phénomène utilisé par les dictatures qui l’utilisent à des fins de soumission politique. Ainsi Eric Berne écrit : « l’appétit de stimulus présente avec la survie de l’organisme humain la même relation que l’appétit de nourriture », ce qu’il résume un peu plus loin dans l’expression : « si l’on ne te caresse pas, ta moelle épinière se flétrira ». Ainsi toute sa vie l’individu recherche t-il des signes de reconnaissance apprenant au fil des années à se contenter de formes de plus en plus subtiles.

Que faire de mon temps ?

Le concept de structuration du temps considère que l’un des objectifs de l’être humain est de structurer son temps de veille. L’approche matérielle, c’est à dire la capacité à survivre, à produire pour vivre, n’étant qu’un des aspects de la structuration du temps. Ce temps de veille est structuré au niveau social et individuel :

  • L’aspect social est décrit par Eric Berne comme une programmation sociale ayant pour but de faire intégrer à tous les individus membres d’une société des attitudes formatées « des échanges traditionnels, ritualistes ou semi ritualistes ». Il s’agit en quelque sortes des bonnes manières, du type dire bonjour, serrer la main etc., qui précèdent bien souvent des conversations formatées, dénommées passe-temps (t’as vu le dernier match de foot, ma robe vient de chez Zara, tu crois qu’ils sortent ensemble ?)…
  • L’aspect individuel ou programmation individuelle consiste soit dans des rapports d’intimité, dont le « prototype » selon Eric Berne est l’acte sexuel, soit dans les « jeux » : des rapports sociaux fondés sur des transactions et qui permettent automatiquement d’obtenir des effets appelés « gain » dans la théorie des jeux. Il s’agit de rapports sociaux schématiques et donc qui oriente l’action des individus sans qu’ils s’en aperçoivent.

Rapports sociaux et utilitarisme

Selon Eric Berne les individus cherchent à maintenir leur équilibre « somatique et psychique » à travers la recherche de signes de reconnaissance. L’entrée dans des relations sociales schématiques dénommés « jeux » dans cette théorie est fait pour obtenir un gain, c’est-à-dire des avantages du type :

  • Relâchement de tensions,
  • Evitement des situations nuisibles,
  • Obtention de caresses (au sens métaphorique : valorisation, paroles apaisantes, reconnaissance du travail effectué…),
  • Maintien d’un équilibre stable

Le paradoxe explique Eric Berne c’est que les acteurs de ces jeux n’en sont pas toujours conscients. 

Faut-il jouer le jeu ?

Au-delà de la structuration du temps, de la programmation sociale ou individuelle, des jeux qui sont l’expression de la programmation individuelle, la théorie d’Eric Berne repose également sur une conception de l’individu et de la personnalité.

Ainsi la personnalité ou son expression ne serait pas complètement fixe ou pas entièrement, l’activité sociale impliquant des modifications révélées dans des inflexions de voix, des changements de posture, de vocabulaire… Le sous-jacent de cette théorie est donc une théorie de la personnalité fondée sur 3 états de l’ego : Enfants, Parents, Adulte correspondant à nos trois phases d’évolution et aux rapports aux autres, en premier lieu nos parents.

Ici nous ne prétendons pas développer cette théorie, assez complexe, mais pour simplifier voici à quoi correspondent les 3 états :

  • l’état enfant qui existe en chacun de nous est porteur d’émotion et de créativité, il recherche le plaisir,
  • l’état adulte est centré sur la raison et vise à maintenir le contrôle, à maitriser,
  • l’état Parent vise à influencer à définir les comportements exigés, il ordonne

Les rapports sociaux (ou transactions) qui découlent de cette théorie sont au nombre de 9 :

  • le parent s’adresse à un : parent, adulte, enfant (x3)
  • l’adulte s’adresse à un : parent, adulte, enfant (x3)
  • l’enfant s’adresse à un : parent, adulte, enfant (x3)

L’enjeu pour avoir des rapports seins est que les personnes communiquent au même niveau des états de l’ego.

De la comédie humaine et du destin personnel

Selon Eric Berne, les rapports sociaux sont souvent schématiques et s’expriment dans plusieurs types de jeux : les jeux conjugaux, les jeux de société, les jeux sexuels, les jeux des bas-fonds, les jeux du cabinet de consultation, les bons jeux et… les jeux vitaux parmi lesquels on trouve par exemple les addictions. De fait, selon Eric Berne une addiction exprime simplement le besoin d’un individu de répéter une situation (querelle par exemple) pour obtenir des gains (le pardon, la réconciliation…)

Il est libre Max !

La conclusion de l’ouvrage d’Eric Berne est à la fois éclairante et glaçante.

Glaçante d’abord car la plupart des rapports que nous entretenons avec autrui sont stéréotypés, et c’est même souvent l’un des objectifs de l’éducation que d’enseigner à ses enfants, les jeux à jouer. Ils peuvent ainsi se transmettre de génération en génération et l’individu se retrouver « programmé » à son insu pour répondre à des stimulus prédéterminés. Il peut s’agir de « passe temps » stéréotypés sur la pluie et le beau temps ou bien d’autres moins agréables comme les jeux conjugaux : pourquoi mon mari me trompe, ma femme ne m’aime plus …

Eclairante, car fort heureusement Eric Berne achève sa théorie sur une note d’optimisme. L’objectif doit être de se libérer de ces états pour accéder à « l’autonomie » ce que nous pensons être en humbles lecteurs une description de liberté.

En effet cette libération s’appuie sur 3 facultés : la conscience, la spontanéité, l’intimité. Soit en résumé la capacité à ressentir par soi-même sans être influencé par autrui, à sa manière en quelque sorte, en exprimant ses sentiments et en vivant vraiment l’intimité. Il s’agit dans ce cas de dévoiler des schémas latents et de désamorcer des situations tendues : abus, échecs à répétition, cas de harcèlement moral au travail…

Le revers de la médaille pour Disruptif RH ? S’il est possible de désamorcer des schémas, n’est-il pas également possible d’en créer et d’orienter ainsi le comportement des individus à leur insu ? D’où notre volonté de partager avec le plus grand nombre ces théories qui peuvent faire tant de mal lorsque leur esprit n’est pas respecté et dont l’esprit doit-être préservé : libérer l’individu et faciliter les interactions humaines

Propositions disruptives :

#1 Former les RH à l’utilisation de cet outil pour lutter contre des relations humaines néfastes

#2 Identifier des méthodes innovantes pour mesurer le bien-être au travail (applications du type Supermood par exemple

Matthieu