Matthieu

Bonjour Servanne est merci d’avoir acccepté cet échange. Quelle est la spécificité culturelle d’Essity, peux tu nous présenter ton Groupe en quelques mots ?

 

Servanne Bodin

Essity est un Groupe international suédois et sa culture est fortement influencée par ce pays. En particulier pour ce qui a trait aux ressources humaines.

Ainsi la culture interne de l’entreprise met l’accent sur l’humain. Cela se traduit dans le processus de décision qui valorise les différents points de vues des personnes dans ses prises de décision. J’échange d’ailleurs régulièrement avec mes homologues des autres pays, notamment lorsque le Groupe décide de se doter d’un nouvel outil. Participer à ces Groupes de travail est un enjeu clé. En effet, Essity est organisé de façon très matricielle. C’est au sein de ces groupes que les décisions prises sont ensuite mises en œuvre dans les différents pays.

De très nombreux sujets sont d’ailleurs traités de manière transverse.

L’avantage d’une organisation matricielle comme la nôtre et de la multiplicité des interlocuteurs, ce sont les interconnexions humaines qu’elle génère, avec un système de décision plutôt consensuel, le tout dans une atmosphère de travail bienveillante qui valorise les individus. Il faut cependant dans ce contexte, arriver à gérer une multitude de priorités et les agendas des uns et des autres, ce qui n’est pas toujours simple. Dans tous les cas, les valeurs humaines sont particulièrement mises en avant chez Essity, et ces valeurs se reflètent dans la manière dont les personnes collaborent entre elles. Une organisation comme celle-ci où chacun trouve sa place et sa valeur ajoutée de façon quasi naturelle, c’est également un des attraits du Groupe.

 

 

 

 

Pour résumer,  je dirais que nous veillons au maintien de cette atmosphère de travail qui porte chacun vers l’intérêt général de l’entreprise. Cela se traduit au quotidien par une certaine convivialité au sein des équipes. Cela se reflète dans les valeurs de l’entreprise : Collaboration (vitale dans une organisation matricielle), Engagement, Courage et Attention portée aux autres.

Comment vois tu le futur des ressources humaines chez Essity dans tes rêves les plus fous ?

Cette question me fait justement penser à des propos qui m’ont récemment été rapportés, et qui mettaient en avant l’inquiétude de certains managers sur l’avenir de leur métier face à la digitalisation et à l’Intelligence Artificielle.

Ce qu’il faut retenir c’est que notre rôle est en train d’évoluer de manière rapide, puisque nous entrons progressivement dans une ère de forte standardisation des processus de travail, y compris RH. Il suffit d’appuyer  sur un bouton et tout se fait automatiquement, en minimisant les interventions techniques humaines. Notre légitimité n’est donc plus à trouver dans la maitrise des processus transmis, mais dans les activités d’accompagnement des managers, qui demain devront avoir une une vision à 360° et des connaissances très polyvalentes :

  • Connaissances Business
  • Maitrise Financière
  • Ressources Humaines
  • Pédagogie et communication
  • Sensibilité humaine

Par conséquent, la fonction RH aura de plus en plus pour principale mission d’accompagner le manager dans la redéfinition de son rôle, qui s’oriente presque uniquement vers le coaching et les sujets de développement de carrière des salariés.

Dans nos équipes, les compétences plus fonctionnelles vont par conséquent évoluer et se concentrer davantage sur le comportemental, ce que l’on appelle couramment les « soft skills ». A mon sens l’un des enjeux du DRH demain sera d’accompagner les effets du changement sur les individus et non des organisations, afin de rendre les entreprises à la fois plus attractives et plus performantes. Or les soft skills que cela requiert ne sont pas communes. Tout le monde ne les a pas naturellement. Par ailleurs, dans des secteurs comme l’Industrie, au-delà de l’accompagnement du manager, le RH a et aura encore davantage un rôle important à jouer dans l’évolution des modes de fonctionnement de travail afin d’assurer un meilleur équilibre vie privée / vie professionnelle, et une meilleure qualité de vie au travail (par exemple promouvoir le télétravail dans certaines circonstances, mettre à disposition des salariés des activités de relaxation, etc…)

Tu parles du coaching ?

J’observe que le mot coaching encapsule des réalités très différentes.

Ce terme un peu galvaudé est souvent mal défini. Le coaching repose sur des présupposés issus des sciences sociales (psychologie par exemple), rendant difficile la mesure des bénéfices de ces techniques.

Par ailleurs nous sommes  dans un environnement en pleine mutation. Nous vivons une transition à la fois environnementale, sociétale et managériale. Le pilotage est délicat car nous manquons encore de données chiffrées pour objectiver cela, mais cela progresse. En attendant des disciplines ayant fait leurs preuves restent sujettes à méfiance. C’est le cas par exemple de la « mindflullness » ou « pleine conscience ». Tout comme l’osthéopathie, qui a longtemps été déconsidérée par la médecine traditionnelle, ces techniques sont efficaces et méritent d’être reconnues et défendues. Il faut pour cela interroger leurs sources et objectiver leurs effets.

 

N’y a-t-il pas des risques à vouloir tout savoir d’une personne ?

Certes il y a des travers par exemple la mise sous influence lorsque la démarche n’est pas respectueuse de la personne. Cela étant, je crois que les démarches classiques ne sont pas pérennes et qu’il faut pour être efficace travailler sur l’individu dans sa globalité en tenant compte de sa vie privée et de son environnement en général c’est-à-dire professionnel et personnel.

Enfin je crois que nous avons la capacité à sortir du « tout psychologique » grâce par exemple aux techniques de méditation. Je suis convaincue qu’il faut travailler sur l’énergie de la personne, ses ressorts de motivation intrinsèques. Pour répondre à ta question il y a donc des risques c’est certain. Il faut y aller pas à pas et faire attention en se documentant pour garder les pieds sur terre. J’ai récemment discuté avec un coach dont le travail est très orienté sur la spiritualité. Il pense que l’essentiel est de rester ancré avec la réalité, « enraciné» dans la terre », tout en laissant le cœur et le cerveau libres de s’exprimer. La recherche d’équilibre est ainsi selon lui la clé du bonheur et d’une entreprise qui permette à ses salariés de s’épanouir.

Les entreprises devraient former les managers à « apprendre l’équilibre » dans un univers foncièrement déséquilibré où ils doivent arbitrer des situations contradictoires en permanence : réduction des coûts, amélioration des performances, gestion d’équipes avec toute la notion d’humain derrière, travail sur les valeurs permettant de respecter chacun tout en « boostant » la performance de l’entreprise. A ce titre, je crois que le travail sur les valeurs sera clé. Le courage managérial et le fait d’assumer ses responsabilités sont de mon point de vue à encourager tout particulièrement.

D’autre part, le futur des entreprises performantes, devrait consister à entrainer les managers à gérer leurs propres émotions, à mettre leurs équipes en autonomie quitte à rattraper la balle au bond en cas de besoin. Cela demande justement beaucoup d’humilité et de remise en cause. Et un travail sur soi pour réinterroger la manière dont l’on a été formé, et éviter de reproduire d’éventuelles erreurs ou imperfections passées. Cela implique de réinterroger son vécu, son parcours professionnel, la culture d’entreprise dans laquelle on a travaillé éventuellement. C’est la condition pour que les équipes soient plus agiles, innovantes et collaboratives, mais également orientées performance. C’est du win win win pour la personne, le manager et l’entreprise.

 

As-tu été marquée par certains outils digitaux ?

Nous sommes actuellement chez Essity en pleine implantation d’une plateforme RH Digitale, ayant pour objectif de standardiser nos processus. Le digital permet selon moi d’améliorer le pilotage, de réajuster certains dysfonctionnements. Il y a des possibilités infinies dans énormément de domaines et de nouveaux terrains de jeux qui émergent ou prennent de l’ampleur, notamment dans les services à la personne permettant un meilleur équilibre vie privée / vie professionnelle. Il ne faut donc pas avoir peur des outils digitaux mais les exploiter au mieux, les maîtriser et anticiper les évolutions qui vont avec, car beaucoup de fonctions vont changer.  

 

Si je te dis formation ?

La formation est un levier clé de changement demain. Je pense qu’il faut repenser en profondeur la manière dont nous formons non seulement dans nos écoles mais également dans nos entreprises.  La réforme de la formation professionnelle peut nous donner certaines opportunités de rendre l’apprentissage plus concret, plus ancré dans la réalité de nos entreprises, et par conséquent de mieux répondre aux besoins de l’économie, tout comme des salariés dans le cadre de leur développement personnel.

Sur le plan des outils, chez Essity, nous avons récemment mis en place un outil digital (LMS « Learning Management System).

Cela nous a permis de mettre en commun certains contenus de formation au niveau Groupe en local comme en global, tout en créant de nouveaux modules.

Nous avons par exemple une formation Groupe axée sur le leadership qui est particulièrement efficace. Ce programme de 6 jours a été développé avec un formateur externe dont la dimension humaine est forte, et qui a une très forte empathie.

Je pense notamment à un exercice particulièrement puissant qui repose sur le feedback. Il met ainsi les participants en face les uns des autres et chacun doit exprimer un ressenti positif à l’autre. L’effet est incroyable, le bien-être que l’on ressent est incomparable.

Cela permet du même coup d’avoir une réflexion sur la tolérance, de travailler sur ses éventuels préjugés puisque l’on ne connait a priori presque rien de la personne, et ainsi de contrer ce que l’on nomme « l’effet de halo » en recrutement.

 

Remerciement à Madame Servanne Bodin HR Senior Manager Manufacturing France chez Essity