L’évaluation de fin d’année: quel drama !

La fin d’année approche et je me prépare à passer mon entretien annuel d’évaluation.

J’affûte mes arguments, essaye de mettre en avant mes contributions majeures, mon investissement dans l’équipe, trouve des tournures pour minimiser mes erreurs. Globalement, je suis satisfait de mon année et m’attends donc à être « récompensé » financièrement… Si je le suis, c’est que mon manager est content de mon travail. Sinon, je le prendrai mal, forcément ! Car cela signifiera que je ne me suis pas distingué des autres, que je ne fais pas partie des meilleurs de l’année, que je n’ai pas été choisi bref, qu’on me met de côté et qu’on considère que mon salaire est à la hauteur de mon travail. What ?

Les évaluations annuelles sont dinausoresques. Le mot « évaluation » lui-même renvoie à une sémantique beaucoup trop scolaire qui place les salariés dans une position passive. Le fait qu’elles aient lieu une fois par an en fait un enjeu déterminant pour le salarié qui, bien souvent, entame l’entretien la peur au ventre, espérant que son patron soit satisfait de lui et lui donne une bonne note ! Et donc une augmentation… C’est souvent un exercice qui relève plus de la politique et du théâtre, quand ce n’est pas un dialogue de sourds.

Libérez la créativité de vos salariés

Chers patrons, vous qui clamez haut et fort que vous souhaitez des salariés créatifs, vous placez pourtant ces derniers dans une position de soumission et d’infantilisation absolue ! Acceptez de lâcher-prise, pour reprendre un mot à la mode, d’avoir un dialogue serein, de nouer un fil de confiance tout au long de l’année avec vos salariés autour de leur développement. Et arrêtez ces fins d’années, qui créent souvent plus de frustrations et d’incompréhension que d’élan positif.

Vous soulagerez aussi vos managers, souvent mal à l’aise avec cet exercice, d’autant plus quand ils doivent annoncer la sentence de l’augmentation – ou de non augmentation – à la fin de l’entretien ! Arrêtons avec ce système de bons points façon école primaire et élevons notre niveau à tous.

Désacralisez l’enjeu de l’augmentation annuelle

Il est nécessaire de repenser la manière de discuter des carrières en entreprise pour libérer le potentiel des salariés, désacraliser l’enjeu de l’augmentation annuelle et orienter les discussions sur le co-développement des individus.

Pour cela, multiplions les moments de feedback pendant l’année et admettons que le pourcentage d’augmentation dépend de nombreux facteurs qui dépassent la simple performance de l’année : restrictions des budgets qui entraînent une sélectivité plus forte, positionnements individuels qui peuvent justifier de ne pas être augmenté malgré un travail de qualité, pesée des postes, situation financière de l’entreprise…

Salariés, ne vous laissez pas définir par vos évaluations annuelles et encore moins par vos pourcentages d’augmentation. Ne soyez pas étriqués, pensez plus largement à votre employabilité et à l’évolution de vos compétences. C’est en les développant que vous accéderez à des augmentations de salaire, pas l’inverse.

Etienne