La Commission européenne a proposé vendredi la suspension des règles de discipline budgétaire imposées aux Etats qui partagent l’euro. La France demande encore plus de solidarité via l’émission d’obligations européennes. Les chefs d’Etats et de gouvernement tiendront une vidéoconférence jeudi.

Jusqu’où et comment riposter économiquement à une crise unanimement jugée inédite par sa nature et son ampleur ? La question sera au coeur de la semaine européenne, avec en point d’orgue une nouvelle vidéoconférence des leaders des 27, jeudi. Première riposte continentale, le programme de la Banque centrale européenne (BCE) de rachat supplémentaire de 750 milliards de titres doit soulager les Etats et les taux d’intérêt, apaiser les marchés et surmonter le choc immédiat. Les Etats membres multiplient leurs dépenses de soutien, sans désormais quasi plus compter, avec une dernière salve de l’Allemagne, qui se prépare à adopter un budget spécial d’au moins 150 milliards d’euros . Mais, pour indispensables qu’elles soient à court terme, ces dépenses en cascade risquent de faire resurgir ensuite la question de la soutenabilité de la dette des Etats de la zone euro. L’Italie, en particulier, est à la fois le pays le plus durement frappé par la pandémie et le deuxième plus endetté (130 % du PIB) de la zone.

Soutenir l’Italie

Depuis une semaine, Emmanuel Macron essaie de convaincre ses partenaires, Angela Merkel en priorité, de franchir une nouvelle étape témoignant de la solidarité budgétaire et financière de la zone. « Si c’est le chacun pour soi, […] si on dit à l’Italie ‘débrouillez-vous tout seuls’, l’Europe ne s’en relèvera pas », a insisté vendredi sur LCI Bruno Le Maire, le ministre des Finances. La BCE n’ayant pas vocation à acheter éternellement de la dette italienne, « un plan européen de mobilisation donnerait un signal de solidarité utile », explique Xavier Ragot, président de l’OFCE.

Paris et la Commission européenne poussent dès lors à créer des « eurobonds ». « Nous examinons tout. Tout ce qui est utile dans cette crise sera utilisé », a affirmé vendredi Ursula von der Leyen, présidente de l’exécutif européen, questionnée sur cette piste. Une telle émission conjointe de dettes spéciales pour la zone euro constituerait un fort signal politique pour une Europe qui a jusqu’ici brillé par la désunion, font valoir ses partisans. « Il faut montrer que les institutions sont prêtes à faire tout ce qu’il faut quelle que soit l’évolution de la situation », insiste-t-on à Paris.

Dette commune

Une instance comme le Mécanisme européen de stabilité (MES), créé en 2012 lors de la crise de la dette, pourrait servir d’intermédiaire financier pour émettre la dette commune. L’Italie bénéficierait ainsi d’emprunts bon marché grâce au crédit financier de ses partenaires. Vendredi, son Premier ministre, Giuseppe Conte, a exhorté l’UE à utiliser « toute la puissance » du MES. Une autre option sur la table est d’utiliser directement les ressources de ce fonds de secours de l’euro, doté de centaines de milliards d’euros, pour octroyer des prêts de précaution aux pays les plus frappés par la pandémie. On évoque aussi la création d’un nouvel instrument de financement rapide, sur le modèle de celui du Fonds monétaire international (FMI). Klaus Regling, le président du MES, explore depuis la semaine dernière différentes options.

Pas de coupable, que des victimes

C’est un test fort de solidarité pour l’Europe. Lors de la crise de la dette, l’Allemagne et les pays du Nord s’étaient longtemps opposés à devoir « payer » pour les Etats du sud du continent, accusés de laxisme budgétaire. La situation n’est toutefois pas vraiment comparable : « Ici, la cause de la crise est exogène et frappe ou va frapper tous les pays sans distinction », explique-t-on à Paris. Chacun a intérêt à aider les autres pour une guérison rapide et commence à le comprendre. En témoigne le retour à plus de solidarité entre Etats dans la gestion sanitaire de la crise. A la BCE, les gouverneurs allemands et néerlandais ont validé sans sourciller le plan de 750 milliards d’euros.

Signe que Bruxelles semble prête à dépasser toutes ces habituelles lignes rouges, Ursula von der Leyen a proposé vendredi soir la suspensiondu pacte de stabilité , et avec elle, des règles de discipline budgétaire imposées aux dix-neuf Etats qui partagent l’euro. Ils pourront lutter contre la récession sans plus avoir à respecter les limites de 3 % du PIB de déficit et de 60 % du PIB de dette. Du jamais vu. Même au plus fort des crises de 2008 et de 2012, la mesure n’avait jamais été évoquée.

Catherine Chatignoux et Derek Perrotte

Le Pacte de stabilité européen emporté par le coronavirus

La présidente de la Commission européenne a proposé vendredi la suspension du pacte de stabilité, et avec elle, les règles de discipline budgétaire imposées aux Etats qui partagent l’euro. La France demande encore plus de solidarité via l’émission d’obligations européennes. Et Bruxelles ne dit pas non.