Le pays cherche ses licornes. Un animal légendaire… Mais plutôt que de les chercher, n’est-il pas préférable de les élever ? Les principes sous-jacents de la création d’entreprise ont vécu en France. Dépassés, ils limitent la création et ne créent pas les conditions du succès. Pourquoi ne pas ouvrir les formations à la création d’entreprise à de nouveaux publics ? Les sources de valeurs, voire, peut-être, de futures licornes, se cachent certainement parmi ces non spécialistes de la création d’entreprise. Pour cela la culture de l’entreprenariat made in France doit changer. Disruptif RH lance le débat !

Le parcours du combattant

La création d’une entreprise est un parcours semé d’embuches : statuts de la société, inscription au registre du commerce, maniement de la comptabilité, bases du droit du travail, du droit de la propriété intellectuelle, développement informatique, graphisme, UX design, recherches juridiques lorsque le secteur est réglementé etc.

Bien sûr un entrepreneur ne sait jamais tout faire. Il a recours dans le cas d’une petite entreprise à des coups de mains (réseau), à de l’externalisation, à des embauches. Mais avant même cela, il faut avoir en tête le plan de base, le jeu de l’oie en quelque sorte de la création d’entreprise.

Difficile quand l’on spécialise de plus en plus les apprenants à toutes les strates du système éducatif, initial et continu.

Ouvrir le jeu à des profils atypiques

Pourquoi dès lors réserver la formation d’entrepreneur aux écoles de commerce ? Cette stratégie, instituée après la guerre, structurait le cadre de formation des futurs chefs d’entreprise. De fait, le décret du 3 décembre 1947 reconnait les ESC comme : « des établissements d’enseignement technique supérieurs qui ont pour but de former les chefs des diverses entreprises commerciales ou financières, et les cadres supérieurs de ces entreprises ou des services administratifs et commerciaux d’entreprises industrielles ». En résumé dans les Ecoles Supérieurs de Commerce on forme les futurs chefs d’entreprise. Et les autres écoles de commerce, telle que HEC se sont rapidement alignés en étudiant et transposant le modèle des business School Américaines centré sur le fonctionnement de l’entreprise.

Cette spécialisation n’a aujourd’hui plus de sens ! Pourquoi les sciences sociales, les artisans, les littéraires, les juristes, les ingénieurs en seraient-ils exclus ? Ils doivent apprendre à entreprendre. Notre littérature par exemple s’exporte très bien, comme l’illustre l’enjeu pour Google books de diffuser des œuvres issues de notre patrimoine culturel français. Que dire du secteur du tourisme, de la valorisation des brevets, de l’industrie culturelle au sens large ?

En privant les entrepreneurs littéraires ou issus des sciences humaines de bagage à la création, notre pays envoie un très mauvais signal : « Vous n’avez pas fait d’études d’entrepreneurs, passez votre chemin ! » De l’autre coté la signature d’HEC est : apprendre à oser… Tout un programme !

C’est malheureux car d’après l’INSEE : « de nombreux facteurs influent sur la pérennité des entreprises. Néanmoins, toutes choses égales par ailleurs , les conditions de mise en œuvre du projet priment sur le profil du créateur ». Par profil il faut comprendre compétences, études, bagage socio-culturel…L’Insee nous enseigne en effet que les créateurs d’entreprises se définissent avant tout par des motivations c’est à dire par une énergie, une envie : celle d’être indépendant dans 2/3 des cas, d’affronter des défis pour près de 50%, d’augmenter significativement ses revenus ou de créer son propre emploi. L’audace n’a donc pas d’école…

Changer la formation initiale

Partant de là un corpus commun serait bénéfique pour libérer les énergies, les idées neuves. Il ne s’agit pas ici de créer un énième statut d’autoentrepreneur, mais d’aider les gens à s’orienter … pour limiter les échecs. Si les créations d’entreprises sont particulièrement élevées (+14% sur les 12 derniers mois), les échecs restent trop nombreux. En effet environ une entreprise individuelle sur 2 meurt au bout de 5 ans (30% pour les sociétés). Cela s’explique peut-être par une progression à l’aveuglette : l’entrepreneur lambda, se fait tout seul, naviguant entre les accompagnements du secteur privé, la CCI, les cabinets d’outplacement, les incubateurs, les espaces de coworking, l’AFE… A chaque organisme sa méthodologie. La qualité est aléatoire, il faut avoir la chance de tomber sur les bons interlocuteurs. Il en existe fort heureusement !

Si les progrès sont réels, le parcours reste néanmoins aléatoire. Nous ne sécurisons pas assez la création d’une entreprise potentiellement viable. C’est dommage car parmi ceux qui ne font pas les grandes écoles se trouvent de beaux esprits. La logique est universelle, le bon sens, la chose du monde la mieux partagée

Libérons les potentiels

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p style=”text-align: justify;”>Pour appuyer notre propos, rappelons que de très belles réussites françaises ont été initiées par des profils atypiques : Louis Renault était un cancre, Antoine Riboud n’avait pas son bac. Deux exemples de réussite éclatante. Coïncidence ? Pas sûr … De nombreux entrepreneurs de la Silicon Valley préfèrent interrompre leurs études pour se lancer. En 2011 à la question qui lui était posée par un journaliste « quelles sont les racines profondes de nos difficultés de modernisation? », le philosophe Marcel Gauchet répondait : « 
Je vois une explication principale : nous sommes gouvernés par de bons élèves. Or les premiers de la classe passent leur temps à répéter les leçons apprises à l’école. »[1]

Changer de logiciel

Cela révèle une crainte de l’échec et une aversion au risque qui est proprement culturelle. Selon Bruno Askenazi « les entrepreneurs californiens ont souvent connu des échecs cuisants. Sauf que là-bas, les dérapages sont valorisés car si vous avez fait des erreurs, il y a des chances de ne pas les répéter ». En France, pays d’ingénieur, toute erreur est un drame. La répétition est encouragée, à la perfection. L’accroc dans le processus n’est pas toléré… La société de service, plus itérative, plus instantanée ne fonctionne plus comme cela. C’est un peu comme comparer un pianiste de musique classique dont l’interprétation doit coller à la partition et un jazzman, qui utilisera les erreurs pour rebondir sur le thème, le faire évoluer. Deux conceptions, deux manières de faire.

A ce propos, une histoire circulait aux Etats Unis, il y a quelques temps. Je ne sais pas si elle est vraie, mais elle illustre notre propos. Un jeune ingénieur de chez Microsoft commit une énorme erreur, faisant perdre à l’entreprise plusieurs millions de dollars. Au moment de le licencier, Bill Gates en personne intervint : « ne le licenciez pas, il m’a couté assez cher à être formé ».

[1] Source JDD article 2011 : http://www.lejdd.fr/Economie/Actualite/Marcel-Gauchet-analyse-la-situation-de-l-Europe-apres-la-crise-interview-250317

Paul